Symphonie mécanique dans l’œuvre de Pierre Boulez : étude des enjeux d’une petite dérive alimentaire


Brice Tissier (université Paris-Sorbonne et université de Montréal)

Titulaire de quatre prix au CNSMD de Paris, Brice Tissier est agrégé de musique et docteur en musicologie. Il a été directeur musical du Chœur Grégorien de Paris entre 2001 et 2007, et enseigne actuellement en tant que chargé de cours à l’université de Paris-Sorbonne.

La musique pour bande composée par Boulez en 1955 pour le court métrage expérimental Symphonie mécanique de Jean Mitry n’était probablement qu’une œuvre alimentaire ; elle n’est néanmoins pas dénuée d’intérêts : elle reste sa seule expérience audiovisuelle et constitue une étape électroacoustique majeure après les deux Etudes de 1950.

La correspondance avec Stockhausen permet d’en comprendre aujourd’hui les diverses origines, d’un premier projet de pièce électronique pour Cologne en passant par une tentative d’insérer des intermèdes électroniques dans la musique de scène destinée à L’Orestie. Ces projets successifs permettent par ailleurs d’expliquer l’emploi de matériaux communs, également présents dans la Troisième sonate pour piano.

De l’aveu même du réalisateur, Symphonie mécanique reste un échec de collaboration artistique, loin d’égaler Pacific 231 réalisé avec Honegger quelques années auparavant. Toutefois cet échec ne tient pas uniquement au manque de coordination images/musique. Le film original avait été envisagé en polyvision ; la version actuelle, réduite à un seul écran, est donc une version tronquée, et la musique de Boulez y est réduite maladroitement de plus de six minutes. L’analyse de l’œuvre restituée de Boulez, ainsi que celle de son emploi déstructuré dans le film actuel permettent cependant de reconstituer le projet original, et d’y déceler une réelle symbiose entre le court-métrage de Mitry et la musique de Boulez.

Bibliographie

Pascal Decroupet, « Moments doubles, figurés en prismes », in P. Decroupet et J.-L. Leleu (éd.), Pierre Boulez. Techniques d’écriture et enjeux esthétiques (Genève : Contrechamps Éditions, 2006), p. 133-158.

Jean Mitry, Le cinéma expérimental. Histoire et perspective (Paris : Seghers, 1974 ; coll. « Cinéma 2000 »).

Peter O’Hagan, « Pierre Boulez and the project of L’Orestie », Tempo, 61 (2007), p. 34-52.

logos partenaires