Analyse harmonique et usage de théories ignorées du compositeur


Benjamin Straehli (université Charles de Gaulle, Lille)

Entré à l’ENS-Lettres et sciences humaines de Lyon en 2001 et agrégé de philosophie en 2004, Benjamin Straehli a soutenu en 2005 à l’université Panthéon-Sorbonne un DEA de philosophie réalisé sous la direction d’André Charrak sur la théorie de Rameau. Sa thèse porte sur l’épistémologie des théories de l’harmonie.

Pour comprendre l’harmonie d’un compositeur, faut-il l’analyser dans les termes mêmes qu’il aurait pu utiliser ? D’un côté les concepts à travers lesquels il appréhende l’harmonie jouent probablement un rôle dans les choix qu’il fait au cours de la composition. Les ignorer pourrait donc amener l’analyste à proposer de fausses explications. Mais d’un autre côté, dans le cas où le compositeur fait de la satisfaction de son oreille le critère principal pour savoir si un accord ou un enchaînement doit être employé ou non, il n’y a aucune évidence a priori que cette décision de l’oreille doive être en parfaite concordance avec la théorie qu’il connaît. Il serait alors possible que l’idée théorique que le compositeur se fait de l’harmonie ne corresponde pas au langage qu’il utilise réellement. Dans quelle mesure peut-on donc se permettre, dans l’analyse harmonique d’une pièce, d’appliquer une théorie ignorée du compositeur ?

Les traités de Rameau offrent un exemple de réinterprétation, par une théorie nouvelle, de musiques antérieures, notamment celles de Lully et de Corelli. Il s’agit ici d’étudier les problèmes que pose cette réinterprétation, en les reliant à des discussions qui ont eu lieu dans le champ des sciences humaines, sur la place que peuvent prendre, dans l’explication scientifique d’un comportement humain, les théories spontanées que forment à ce sujet les hommes dont c’est le comportement.

Bibliographie

Wilhelm Dilthey, Le Monde de l’esprit (Paris : Aubier, 1947).

Joel Lester, Compositional Theory in the Eighteenth Century (Cambridge, Londres : Harvard University Press, 1992).

Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale (Paris : Librairie Plon, 1974 ; coll. « Agora »).

Jean-Philippe Rameau, Intégrale de l’œuvre théorique (Courlay : Éditions Fuzeau, 2004, coll. « Méthodes et Traités 20. Série I : France 1600-1800 »).

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