« C’est là qu’un beau désordre est un effet de l’art » : éléments pour une étude dramaturgique de la comédie mêlée d’ariettes


Marie-Cécile Schang (université Paris-Sorbonne)

Marie-Cécile Schang est agrégée de lettres modernes. Elle a suivi une double formation en lettres et en musicologie à Paris-Sorbonne. Sous la direction de Pierre Frantz et de Raphaëlle Legrand, elle prépare une thèse sur l’opéra-comique : « Dramaturgie d’un genre au service du lyrisme : la comédie mêlée d’ariettes. »

Au xviiie siècle, les détracteurs de l’opéra-comique dénoncent l’incohérence d’un genre qu’ils considèrent comme un grossier fourre-tout, alors même que Favart, Sedaine, Grétry, Monsigny ou Philidor connaissent un grand succès à la Cour et à Paris. Aujourd’hui encore on décrit souvent l’opéra-comique comme un assemblage d’éléments hétérogènes qui résiste à toute définition. La discontinuité du genre s’observe au niveau générique, par des emprunts à la comédie, à la tragédie lyrique, à la pastorale ou au roman ; au niveau formel et stylistique, par un recours au récitatif, à l’air de style italien, au vaudeville, aux codes de l’art pictural ; au niveau énonciatif, par une alternance de numéros chantés, de dialogues parlés et de musique instrumentale. L’effet de discontinuité produit par ces mélanges est généralement perçu comme l’héritage d’une histoire mouvementée, héritage que tout l’art du librettiste et du compositeur consisterait à dépasser. Toutefois, la place accordée au spectateur et à son imagination dans le processus de création artistique par les penseurs des Lumières — et notamment la disjonction théorisée par Diderot entre vérité du spectacle et vérité des effets produits par lui sur le spectateur — invitent à analyser la discontinuité du genre comme une condition de son unité dans l’esprit du spectateur. Étudier dans cette perspective des exemples empruntés au répertoire de l’opéra-comique de la seconde moitié du xviiie siècle doit permettre d’enrichir l’analyse dramaturgique du genre.

Bibliographie

Philippe Vendrix (dir.), L’Opéra-comique en France au xviiie siècle (Liège : Mardaga, 1992 ; coll. « Musique musicologie »).

David Charlton (dir.), French Opera 1730-1830: Meaning and Media (Aldershot (G. B.), Variorum, 2000).

Benjamin Pintiaux, « L’Amant jaloux : commentaire littéraire et musical », in J. Duron (éd.), L’Amant jaloux, d’A.-E.-M. Grétry et Thomas d’Hèle : livret, études et commentaires (Wavre : Mardaga, 2009 ; coll. « Regards sur la musique »), p. 101-186.

Denis Diderot, Œuvres, t. IV : Esthétique-Théâtre (Paris : Robert Laffont, 1996 ; coll. « Bouquins »)

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