Les pièces uniques de la liturgie bernardine : caractéristiques stylistiques


Alicia Scarcez (université libre de Bruxelles)

Licenciée en musicologie avec la plus grande distinction, détentrice de plusieurs prix, dont celui d’histoire et critique de l’Académie royale de Belgique 2009, Alicia Scarcez achève actuellement un doctorat sur les sources et enjeux de la réforme bernardine.

Cette communication propose l’analyse de quelques pièces propres à la réforme liturgique qui fut menée sous l’égide de Bernard de Clairvaux entre 1142 et 1147 et fixa le chant cistercien jusqu’au milieu du xviie siècle.

L’étude dégage les caractéristiques de certaines mélodies introduites à Cîteaux à l’époque de la réforme bernardine et connues uniquement dans les milieux cisterciens. Ainsi, l’antienne invitatoire de Marie-Madeleine « Regem sempiternum... coronavit Mariam Magdalenam » ou les répons « Filie Ierusalem » et « Cum esset Rex » de l’Assomption. Ces textes sont, entre autres, révélateurs de la pensée théologique bernardine et témoignent, par leurs mélodies, du goût des correcteurs pour une esthétique présentant un caractère gallican. Celle-ci, replacée dans le cadre de la production liturgique contemporaine, semble avoir été en vogue dans les sphères monastiques et séculières françaises. D’autres exemples, extraits du Kyriale et de l’hymnaire bernardins, mettent en lumière que le « style gallican » se manifeste dans l’ensemble de la liturgie cistercienne, tous répertoires confondus.

La recherche tend à prouver que l’esprit de modernité bernardin ne consista pas, comme on le croit habituellement, à appliquer les propositions novatrices du traité musical cistercien ni à amputer la liturgie de toute parure ornementale. Il s’employa au contraire à enrichir le répertoire cistercien primitif, notamment par des pièces expressives et inspirées des traditions du terroir.

Bibliographie

Bernard de Clairvaux, Office de saint Victor. Prologue à l’antiphonaire. Lettre 398, éd. Cl. Maître (Paris : Cerf, 2009 ; coll. « Sources chrétiennes », 527).

Claire Maître, La réforme cistercienne du plain-chant. Étude d’un traité théorique (Brecht, 1995 ; coll. « Cîteaux : Studia et Documenta », 6).

Alicia Scarcez, L’antiphonaire 12A-B de Westmalle dans l’histoire du chant cistercien au xiie siècle, avec tableaux et fac-similés (Turnhout/Bruxelles : Brepols/Académie royale de Belgique, 2011 ; coll. « Bibliologia », 32).

Chrysogonus Waddell, « Saint Bernard’s Mary Magdalene office », Liturgy ocso, 23/3 (1989), p. 31-61.

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