La famille Kohaut : les derniers luthistes dans l’Europe des Lumières


Jana Franková (université Paris-Sorbonne et université Masaryk, Brno)

Jana Franková prépare sa thèse sur la vie et l’œuvre de Joseph Kohaut, musicien témoignant des relations musicales entre la France et l’Europe centrale au xviiie siècle. Elle a collaboré à plusieurs projets de recherche au CMBV et à l’IRPMF et a récemment publié la traduction tchèque annotée des traités de Saint-Lambert.

Le luth, instrument omniprésent dans la musique occidentale du xviie et du début du xviiie siècle, perd peu à peu sa position après 1750. Cependant, dans les années 1760-1770, nous pouvons encore trouver des traces de virtuosité du jeu du luth. Parmi les auteurs les plus réputés figure Carl Kohaut, virtuose et compositeur viennois. De récentes recherches permettent d’élargir les connaissances sur le compositeur et de présenter sa famille dans un contexte européen.

Le père de famille, Jacob Joseph Kohaut, né à Prague, qui pourrait être le Kohott (cité par J. G. Walther, 1732), maître de luth de Baron à Breslau vers 1710, s’installa avant 1718 à Vienne et y entra au service du prince von Schwarzenberg. Malgré une courte interruption, il resta en relation avec cette famille jusqu’à sa mort en 1762. Deux fils ont survécu de son mariage : Carl et Joseph, tous deux luthistes. Carl Kohaut resta à Vienne et devint secrétaire au ministère des Affaires étrangères à la Cour. Il se fit cependant connaître comme habile musicien au luth et au violon. Son œuvre représente le sommet du répertoire pour le luth de la deuxième moitié du xviiie siècle. Son frère cadet, Prokop Joseph Kohaut, quitta Vienne, sa ville de naissance, pour s’installer à Paris. Il y entra au service du prince de Conti et enseigna le luth à la famille d’Holbach. Il devint célèbre grâce à ses opéras-comiques, mais son œuvre contient aussi des pièces de musique de chambre pour luth.

Cette étude, fondée sur de nombreux documents d’archives, offre ainsi une vue plus large sur la migration des musiciens en Europe au xviiie siècle ainsi qu’une meilleure compréhension et mise en contexte des dernières œuvres pour le luth.

Bibliographie

Jiří Záloha, « Hudební život na dvoře knížat ze Schwarzenberku v 18. století », Hudební věda, 1 (1987), p. 43-62.

Johann Gottfried Dlabacz, Allgemeines historisches künstler-Lexikon für Böhmen und zum Theil auch für Mähren und Schlesien (Prague, 1815, 3 vol.)

Josef Klíma, « Karl Kohaut, der letzte Wiener Lautenist », Österreichische Musikzeitschrift, XXVI (1971), p. 141-143.

Johann Gottfried Walther, Musicalisches Lexicon oder Musicalische Bibliotec (Leipzig, 1732 ; fac-similé Cassel : Bärenreiter, 1953 [4e éd., 1986]).

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