Généalogie de quelques théories sur le tactus au xvie siècle


Yves Fournier (université de Genève)

Diplômé de la Haute École de Musique et de l’université de Genève (maîtrise es lettres en musicologie), Yves Fournier y occupe un poste d’assistant depuis 2009 ; il enseigne la grammaire musicale des xixe et xxe siècles et prépare une thèse sur les notations déviantes dans la musique sacrée de Luca Marenzio.

Le système mensuraliste, né de la nécessité de synchroniser le contrepoint des xve et xvie siècles, s’appuie sur deux notions distinctes : le tactus et les proportions. Le sens de ces deux variables évolue selon la période et l’espace géographique envisagés. Deux démarches antinomiques caractérisent les travaux des spécialistes du domaine : appliquer le sens théorique des signes au corpus musical, ou déduire la signification des signes du contexte musical et de l’étude des sources.

Si cette dernière démarche a obtenu certains résultats probants, il ne faut toutefois pas négliger les écrits théoriques, mais bien plutôt les examiner sous un nouvel angle. Chaque traité s’inscrit dans une tradition précise, qu’il convient de mettre en évidence. Évaluer la pertinence d’une source consiste donc à mesurer la distance qui la sépare de la pratique contemporaine.

La méthode utilisée pour dresser une généalogie des idées mensuralistes au xvie emprunte beaucoup à l’intertextualité. Nous examinerons comment les exemples musicaux se transmettent d’un auteur à l’autre, par des emprunts directs, ou alors en intégrant quelques transformations qui les rendent moins identifiables. Parallèlement à cette recherche, l’examen des différentes éditions d’un traité permet de mesurer l’adaptabilité ou le conservatisme d’un auteur. Dresser une « généalogie mensuraliste » devrait permettre, par une contextualisation accrue, de réhabiliter le corpus théorique dans sa confrontation aux sources musicales.

Bibliographie

Johannes Antonius Bank, Tactus, tempo and notation in mensural music from the 13th to the 17th century (Amsterdam : Annie Bank, 1972).

Margaret Bent, « The use of cut signatures in sacred music by Ockeghem and his contemporaries », in Philippe Vendrix (éd.), Johannes Ockeghem : Actes du XLe Colloque international d’études humanistes (Paris : Klincksieck, 1998 ; coll. « Épitome musical »), p. 641–680.

Anna Maria Busse Berger, Mensuration and proportion signs: Origins and evolution (Oxford : Clarendon Press, 1993).

Cristle Collins Judd, Reading Renaissance music theory: Hearing with the eyes (Cambridge : Cambridge University Press, 2002).

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