Voces et litterae : de l’écrit au sonore dans les sources musicales et théoriques autour de 1500


Guillaume Bunel (université Jean Monnet, Saint-Étienne)

Agrégé de musique, doctorant contractuel, Guillaume Bunel est aussi titulaire de plusieurs Masters du CNSMD de Lyon. Ses activités se partagent entre recherche, études d’écriture musicale au CNSMDL, pratique instrumentale, et orchestration pour divers ensembles.

Durant le Moyen-Âge puis la Renaissance, les théoriciens ont généralement recours à deux systèmes distincts de désignation des hauteurs musicales : d’une part, une échelle de lettres servant de référence à la notation (litterae), et d’autre part, les syllabes de solmisation de ut à la (voces), décrites comme l’outil permettant de « prononcer » les lettres et de former les sons musicaux.

Or, telle qu’elle est décrite par les traités, la pratique de la solmisation implique des pratiques de chant non notées, ainsi que des règles d’altération ou de correction d’intervalles mélodiques ou polyphoniques dissonants, règles qui ne sont exposées par la plupart des théoriciens que par référence aux syllabes, mobiles, et non à des hauteurs fixes, définies par les lettres de l’échelle. Ces règles et ces pratiques seraient ainsi inhérentes à l’acte de lecture et de réalisation d’une pièce, ne pouvant être directement notées sur la partition : c’est pourquoi il semble que la notation musicale autour de 1500 ne puisse être considérée comme l’image directe d’une réalité sonore, mais doive être lue et transcrite à la lumière des techniques de solmisation pratiquées à l’époque. On tentera donc ici, par la confrontation des propos des théoriciens avec quelques exemples de sources musicales, de reconsidérer le statut de la notation et des sources musicales à cette époque, et de déterminer dans quelle mesure ces sources peuvent être considérées comme le reflet, fidèle ou non, d’une réalité musicale.

Bibliographie

Karol Berger, Musica ficta: Theories of accidental inflections in vocal polyphony from Marcheto da Padova to Gioseffo Zarlino (Cambridge : Cambridge University Press, 1987).

Edward E. Lowinsky, « Matthaeus Greiter’s Fortuna: an Experiment in Chromaticism and in Musical Iconography », The Musical Quarterly, 42/4 (1956), p. 500-519.

Nicolas Meeùs, « Vox et Littera dans la théorie musicale médiévale », Revue des Traditions Musicales des Mondes Arabe et Méditerranéen, 2 (2008), p. 79-88.

Peter Urquhart, « Forbidden intervals in Josquin: Evidence from the Alamire sources », Yearbook of the Alamire Foundation, 5 (2003), p. 233-245.

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