Les sources lacunaires du grand motet français et leur restauration : une pratique entre science et art


Fabian Balthazart (université libre de Bruxelles et Conservatoire royal de Mons)

Licencié en analyse et écritures musicales du Conservatoire royal de Mons, Fabian Balthazart prépare une thèse en art et sciences de l’art sur la recomposition des parties orchestrales manquantes des grands motets de Henri Madin (boursier « mini-arc »).

Alors que dans le grand motet français l’orchestre est à quatre ou cinq voix (dessus de violon, haute-contre de violon, taille de violon, éventuellement quinte de violon et basse continue), certaines sources de ce répertoire ne contiennent que les parties de chœur, solistes, dessus de violon et basse continue. Cette manière de recopier la musique en « partition réduite » est une spécificité française très courante au xviie et xviiie siècle. Pour restituer cette musique aujourd’hui, les parties manquantes (haute-contre, taille et le cas échéant quinte de violon) doivent être réécrites selon les critères esthétiques de l’époque et le style propre à chaque compositeur.

Mais, jusqu’à quel point peut-on s’immerger dans le langage d’un compositeur pour le restituer ? S’il est possible de définir et de quantifier des critères objectifs tels que : la conduite des voix, les doublures et renversements des accords, le traitement des dissonances... Est-ce suffisant pour permettre de justifier chaque prise de décision lors de l’écriture ?

Sur la base d’exemples tirés de nos travaux de restauration, nous montrerons que les modèles établis servent le discours musical mais ne peuvent le régir entièrement. De cette dichotomie découle l’interrogation suivante : l’écriture de ces parties manquantes est-elle un acte de restauration d’art tel que définit par Cesare Brandi ou un acte de recréation, voir de création, ou, plus simplement, un exercice de convergence entre science et art ?

Bibliographie

Cesare Brandi, Théorie de la restauration (Paris : Édition du patrimoine, Centre des Monuments nationaux, 2001), traduit de l’italien par Colette Déroche.

Thierry Favier, Le Motet à grand chœur, Gloria in Gallia Deo (Paris : Fayard, 2009).

Jean-Paul Montagnier, « The Problems of ‘Reduced Scores’ and Performing Forces at the Chapelle Royale of Versailles during the Tenure of Henry Madin (1738-1748) », Journal of Musicological Research, 18 (1998), p. 63-93.

Jean-Paul Montagnier, Henry Madin (1698-1748) : un musicien lorrain au service de Louis XV (Langres : D. Guéniot, 2008).

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